Publié le 11 août 2016

Relations Ecoles – Entreprises, une arme contre les inégalités scolaires
Échanges et débats

Les inégalités sociales pèsent lourdement sur tous les parcours d’études, pour les décrocheurs bien sûr, mais aussi pour les autres élèves. Pour tous les jeunes issus de milieux populaires qui se situent dans l‘« entre-deux » scolaire (ni décrocheurs, ni très bons élèves), le brouillard sur l’avenir est épais.

Votre persévérance scolaire et vos choix d’orientation ne sont pas les mêmes selon votre milieu et votre quartier d’origine. Selon votre accès à l’information, votre entourage, votre travail (pour partie seulement) , et – disons le – votre chance, un filtrage social féroce s’opère dans l’accès aux diplômes d’enseignement supérieur les plus valorisés sur le marché de l’emploi.

Pire encore, l’accès au diplôme est insuffisant. A diplôme égal, les jeunes issus de milieux populaires n’ont pas les mêmes atouts que d’autres pour réussir leur entrée dans le monde professionnel. D’autres éléments rentrent en compte : l’impact des réseaux personnels et familiaux, la confiance en soi, la connaissance des entreprises et de leurs codes, et bien sûr la persistance des discriminations.

Pourtant, les rapports et articles qui abordent la question de l’égalité des chances, à l’école et après, depuis 10 ans, nous ramènent constamment à l’opposition entre d’un côté les tenants d’une adaptation des modes de sélection, sur l’idée des Conventions d’Education Prioritaire de l’IEP Paris, et de l’autre les partisans d’un maintien des concours en l’état, avec les programmes de type Cordées de la Réussite, inspirées des initiatives de l’ESSEC.

Toujours les mêmes exemples, toujours les mêmes débats, qui alimentent une opposition stérile entre ceux qui voudraient la réussite de quelques-uns et ceux qui voudraient la réussite de tous, avec son sous-entendu idéologique (vision de droite/vision de gauche…), égalité des chances contre égalité des possibles.

Tout se passe comme si la question de l’égalité des chances se résumait, encore et toujours, à la stricte sphère académique et scolaire

Tout se passe comme si la question de l’égalité des chances se résumait, encore et toujours, à la stricte sphère académique et scolaire. On s’interroge alors sur les moyens à mobiliser pour l’éducation prioritaire, sur la cartographie scolaire, sur les contenus et la pédagogie, ou sur le modèle de sélection de l’Ecole.

Eventuellement, avec quelques associations d’éducation populaire, l’Ecole consent à ouvrir le débat sur quelques champs péri-scolaires dont on pressent bien qu’ils nourrissent les inégalités : l’accès à la culture, la relation avec les familles, l’orientation, et le soutien scolaire pour tous.

Pourtant, d’autres sources d’inégalités sont situées en périphérie de l’Ecole, et hors de portée réelle de celle-ci. Pour les jeunes de milieux populaires, les questions de transport, d’accès au logement, ou de financement des études sont des éléments qui conditionnent les poursuites d’études longues. Non, il ne suffit pas de vouloir s’en sortir, les conditions du quotidien peuvent contrarier les plus belles ambitions.

Plus grave encore, d’autres enjeux forts sont ignorés, ou traités de manière marginale. L’Ecole fait toujours trop peu de cas du lien avec l’entreprise, pour les jeunes de milieux populaires qui en sont éloignés et ne parviennent pas à se projeter vers le monde professionnel, à la différence des jeunes mieux nés qui seront accompagnés par leur environnement familial dans la construction de leur projet.

Il existe pourtant des thèmes incontournables sur lesquels le monde de l’entreprise, ou des bénévoles issus de la société civile, peuvent avoir un apport décisif et complémentaire de celui des enseignants.

C’est bien sûr le cas de l’information et la découverte des métiers, des organisations, des codes (et des stéréotypes), puis de l’accès concret aux entreprises (stages, alternance, visites, réseau). Ni les informations en ligne, ni la bonne volonté des enseignants, ne pourront remplacer ce travail de mise en relation et d’appropriation du monde professionnel.

C’est aussi le cas de l’accompagnement individuel, sous forme de tutorat ou mentorat, dans la construction du parcours d’études et du projet professionnel. L’impact de cet accompagnement extérieur personnalisé, pour les jeunes issus de milieux populaires, est encore trop peu étudié et largement sous-estimé. Il est pourtant capital, pour la construction de la confiance, et ne peut pas, ou de manière limitée, être fourni par l’institution scolaire.

L’Ecole ne peut pas, à elle seule, tout résoudre

Passeport Avenir, et autres associations de même nature, mobilisent des bénévoles extérieurs à l’Ecole pour faire découvrir le monde de l’entreprise aux jeunes, faire le lien entre leur parcours d’études et leur projet professionnel, et préparer leur entrée sur le marché du travail. Ces associations ont un savoir-faire spécifique, pour utiliser à bon escient les bonnes volontés issues de la société civile, et veiller à ce qu’il reste mis en œuvre dans le cadre de l’intérêt général, en prolongeant (sans supplanter) l’action de la communauté éducative.

Plutôt que d’insister sur l’égalité des chances, accordons nous sur le fait que toutes ces sources d’inégalité font naitre une inégalité des chances (appelons cela autrement : de la discrimination systémique), et disons le clairement : l’Ecole ne peut pas, à elle seule, tout résoudre.

Au-delà du débat sur les modalités de sélection et d’accès à l’enseignement supérieur, nous faisons le constat de la nécessité d’une action positive et d’une mobilisation pour les publics de milieux populaires. Nous devons réunir toujours plus d’entreprises et de représentants de la société civile, à coté de l’Ecole, pour créer, organiser et multiplier ces rencontres improbables, qui permettront aux jeunes issus de milieux populaires de construire leur avenir.

 

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